Acticle actualisé le 29 décembre à 23h30
Le 20 décembre 2007, au Vatican, Nicolas Sarkozy a fait un discours qu’on aurait pu trouver comique, dans la bouche de Philippe de Villiers (par exemple). Mais
prononcé par un président de la République, il est carrément indigne.
Il y était question de « l’avènement d’une laïcité positive, qui tout en veillant
à la liberté de pensée, à celle de croire ou de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout ». Au passage, il faudra nous expliquer
« ce que serait une laïcité négative » (Jean Glavany, PS) ; et puis « quand on a besoin d'un adjectif, c'est qu'on veut changer le sens du mot » (François
Bayrou). On a l'impression que la « laïcité positive », c'est la même chose que la laïcité, mais en mieux ; alors qu'en réalité, cette
expression vide le concept de laïcité de son sens.
Voilà une rupture qui inquiète les défenseurs de la laïcité à la française, issue de la loi de séparation de l’Église et de l’État (1905). Le
Cardinal Tarcisio Bertone ne s’y est pas trompé en saluant un « changement d’orientation » de la France.
Extraits du discours de Latran (et commentaires) :
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Le révisionnisme pour affaiblir la laïcité
«
C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l'Eglise. Les
faits sont là. » Sarkozy oublie que la France d'avant Clovis était païenne et qu'elle n'est pas devenue chrétienne avec Clovis. D'autre
part, c'est l'humanisme (à partir du XVe siècle) qui est à l'origine de la société moderne. La "Fille aînée de l'Eglise" n'est pas un
"fait", c'est un concept. Sarkozy nous impose une lecture idéologique de l'Histoire, qui instrumentalise le catholicisme, car un croyant
authentique n'a pas besoin de cette référence à Clovis pour témoigner de sa foi.
« Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre
pays.»
Encore les "faits"! Mettre sur un pied d'égalité le baptême de Clovis, référence ancienne, plus théocratique que théologique, et le principe de
laïcité, cadre actuel de la République, est faux et inacceptable.
« L'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de
tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. »
Ici, le président de la République ose mettre en doute la sincérité d'un texte fondateur de la République, en soupçonnant ses vertus de n'être qu'une "reconstruction rétrospective" ! Le comble, c'est que le baptême de Clovis est considéré comme un "fait
historique" tandis que les valeurs de la loi de 1905 aurait été inventées tardivement !!!
« La morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle
n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à
l'infini. »
Voilà un retournement dialectique gonflé, digne de Guaino (qui affirmait déjà que l'ultralibéralisme, c'est la faute à Mai 68 !). En réalité, le fanatisme est justement lié à cette
"espérance qui comble l'aspiration à l'infini", car elle seule peut conduire des "fous de Dieu" à sacrifier leur vie ... et celle des autres.
Par contre, la morale laïque, parce qu'elle ne vise pas l'absolu, ne sombre pas dans le fanatisme.
Le christianisme pour préserver notre identité nationale
« La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et en quoi ils croient »
Mais la France n'a pas seulement besoin de catholiques pleinement chrétiens. Dirait-il que les
musulmans doivent être plus musulmans? Les juifs, plus juifs ? Les libres penseurs, plus libres ?
« La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes.
[…] Arracher la racine, c'est perdre
la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale. »
Rappeler quel'histoire de la France est imprégnée de christianisme, c’est enfoncer une porte ouverte. Mais « y
insister, n'est-ce pas nier le reste de l'identité française ? […] Les juifs, les musulmans, les athées, les agnostiques, tous les croyants et les non-croyants sont-ils encore des filles et des
fils de France, M. Sarkozy ? » (Jean Glavany, PS).
Les religions pour apporter l’espérance, la morale et l’ordre
« L'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le
charisme d'un engagement porté par l'espérance. »
« La morale de l'instituteur n'est pas inférieure à celle du prêtre. Pour Jules Ferry, elle est
la morale universelle au genre humain, qui prend garde à ne choquer aucune des familles qui confient leur enfant aux maîtres. » (François Bayrou).
« […] la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée
de convictions religieuses. »
« Il demande aux religions, toujours dans «l'intérêt» de la République, de fonder la morale du
pays. […] D'abord, il ne revient à aucune autorité civile de trancher ainsi une question de conscience. […] De surcroît, en tenant ce discours dans une société plurireligieuse, on prépare les
conditions d'un affrontement entre les différentes religions. Car, quand elles se contredisent, qui décidera qu'une religion est supérieure à une autre dans le domaine de la morale et des valeurs
? » (François Bayrou)
« On ne fait pas un républicain comme on fait un catholique. […] Pour faire un républicain, il faut
prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit [...] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la
vérité et non pas à la recevoir toute faite. [...] Croire, c’est ce qu’il y a de plus facile, et penser, ce qu’il y a de plus difficile au monde [...] il ne s’agit de rien moins que de faire un
être libre [...]. » (Ferdinand Buisson - président de la Ligue des droits de l’homme, prix Nobel de la paix – 1903).
« Un homme qui croit est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il
y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. »
« La République n'a pas à sous-traiter l'espérance aux religions. La République est en charge
de réaliser un monde meilleur, et pas d'inviter à l'attendre. Cette conception sociologique de la religion, fournissant «l'espérance» qui fait que les peuples se tiennent tranquilles et
respectent les règles établies, […] ce n'est pas autre chose que «l'opium du peuple» que dénonçait Marx » (François Bayrou).
« Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les
institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue
inter-religieux,dans les universités, je vous
soutiendrai. »
Philippe Val écrivait déjà en 2005 : « Ce discours prouve simplement que Sarkozy est de droite,
et qu’il pense qu’un peuple soumis à la justice divine coûte moins cher qu’un peuple revendiquant une justice terrestre. » (Les traîtres et les crétins – Ed. le cherche midi).
« La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues,
la disparition des patronages, la pénurie de prêtres n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence. »
La disparition des forgerons n’a pas, non plus, rendu les français plus heureux ! Ah, la
disparition des patronages... Voilà donc la cause de nos maux. Alors aux chrétiens leurs curés ou pasteurs, aux musulmans leurs imams, aux juifs leurs rabbins, et les Français seront bien gardés.
C’est oublier qu'une pratique ne se perpétue que si elle a du sens pour une communauté,
sans quoi elle devient du folklore.
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Fervent partisan d’une « adaptation » de la loi de 1905 pour permettre le financement des associations cultuelles, Nicolas
Sarkozy développe depuis plusieurs années une inquiétante conception de la laïcité, en remplaçant la « liberté de conscience » par la « liberté de religion ». « Je continuerai à plaider avec force, mais sans prosélytisme, pour l’instauration de nouveaux rapports entre les religions et les pouvoirs
publics », écrivait-il dans "la République, les religions et l’espérance" (paru en 2004). Ces orientations politiques se retrouvent dans le rapport sur "les relations
des cultes avec les pouvoirs publics" remis au ministre de l’Intérieur, en septembre 2006, par Jean-Pierre Machelon. Entre autres réformes préconisées par ce rapport : la
possibilité, pour les collectivités, de participer directement et sans plafonnement au financement de la construction d’édifices religieux. Officiellement, de telles "adaptations" de la
loi de 1905 sont justifiées par le développement en France de religions comme l’islam et, surtout, le christianisme évangélique. En réalité, Nicolas Sarkozy entend faire jouer un rôle
public aux communautés religieuses : gérer l’ordre social et combler le vide laissé par l’État minimal qu’il prépare.
Cette attaque de la laïcité républicaine montre qu’elle n’est pas un acquis immuable mais un combat quotidien. Si une réforme de la laïcité est nécessaire, elle doit
aller dans le sens de la loi de 1905. Par exemple en mettant fin à l’exception concordataire en Alsace et en Moselle, ainsi qu’à certaines tolérances dans les territoires républicains
ultra-marins. Mais aussi en s’insurgeant contre certaines subventions en faveur d’initiatives communautaristes, en luttant contre la présence de signes religieux ostentatoires au sein du Service
public ou contre la perpétuation du financement public d’enseignements à caractère privé.
- Le texte du discours de Latran (
Le Monde )
- Les JRG s’inquiètent des propos du Chanoine Sarkozy sur la laïcité (blog fairelejour)
- Nicolas Sarkozy président anti laïc (blog intox2007)